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2eme partie du compte rendu des 3emes Assises de la Photographie

 

3es Assises de la Photographie

2e partie

 

Saisir les opportunités du digital

La transformation digitale est sur toutes les lèvres. Pourtant les résistances sont toujours présentes. Témoin, cette étude sectorielle annuelle de la CCI des Hauts-de-France, citée par Jacques Hémon en début d’après-midi qui rappelle que 78 % des chefs d’entreprises des TPE/PME du commerce n’ont toujours pas défini leur feuille de route sur cette question !

L’occasion de revenir sur ce sujet déjà abordé l’année dernière, car c’est une priorité pour le secteur. Le défi est de fluidifier le parcours client dans le commerce physique en y intégrant les bénéfices de la digitalisation et du m-commerce (en janvier 2019, ce dernier représente 25% des ventes en ligne selon une étude Xerfi Précepta). Un défi face aux attentes — à l’impatience ? — des consommateurs. Mickaël Triquet, multientrepreneur de la photo a su apporter une vision pragmatique de l’usage du digital dans une petite entreprise. Un exposé dense sur la manière d’avancer sur ce sujet sans investissement lourd ni développement complexe. Pour lui, le digital, outre les sites et la présence sur les réseaux sociaux, ce sont également des outils de création qui permettent de créer facilement une communication papier au coup par coup (pochette identité, flyers, cartes de visite…). Les multiples sites thématiques responsives (c’est-à-dire adaptés à tous les terminaux) qu’il a créés pour ses entreprises lui permettent de cibler des consommateurs locaux en fonction de leurs attentes immédiates (identité, portrait, mariage…), mais également de gagner en efficacité. En publiant toutes les informations pratiques (horaires, prix…), il évite d’être mobilisé par des appels téléphoniques et reste disponible pour ses clients en magasin. « Trois ou quatre écrans d’informations suffisent pour informer », estime-t-il.  Quand à la vente en ligne de services photo elle s’inscrit dans une logique de flux sans rupture. « Qu’elles proviennent du web ou de nos bornes, les photos de nos clients arrivent directement sur nos équipements d’impression (voir le détail de sa présentation).

Parcours de réussite : comment font-ils ?

Les deux témoins de la table ronde qui auront suivi cet exposé, traduisent deux réalités très différentes du monde de l’entreprise photo : Jordan Gigan (23 ans !), repreneur du magasin photo Pictis de son père à la Ferté-Macé ; et Arthur Lacroix de Lis Photo, qui dirige cinq magasins de services photo à Paris et dans l’Ouest parisien. Tous deux ont leur vision de la transformation digitale. Jordan Gigan, qui conjugue jeunesse et talent commercial, est parvenu à développer un chiffre d’affaires important en 2018 en ayant une approche très volontaire : abandon du centre-ville pour une implantation sur 300 m2 proche d’un centre commercial, scénarisation de l’offre produits et services selon les saisons, avec création d’une galerie photo dédiée aux clients du magasin. Tout est l’occasion pour lui de créer du trafic, dans une région 100% rurale où les gens ont besoin de contacts humains. L’installation d’une borne à selfie est utilisée comme outil de trafic. Associée à un concours dont le jury est l’audience de son compte Facebook, elle aura permis au moment de la Coupe du monde d’attirer 200 nouveaux clients dans son magasin, et de générer du trafic sur le site FB du magasin (250 likes pour cette seule opération). La galerie, utilisée comme un tiers lieu mis à disposition des passionnés de photographie ou d’Art, est également le moyen idéal d’attirer le public et les familles lors des vernissages (une fois tous les mois, avec un relai par la presse locale).  Les clients contactent de plus en plus Jordan par les réseaux sociaux, pour des renseignements ou les prise de rendez-vous. C’est lui qui gère directement les interactions ce qui lui semble tout à fait naturel…

De son côté Arthur Lacroix, avec plus de 20 salariés, ne pousse pas encore de contenus sur les réseaux sociaux. Le caractère chronophage est un frein. Il a consacré ses efforts sur son site Internet qui est désormais responsive permettant de commander des albums en ligne sur mobile. Pour lui, le challenge est plutôt d’offrir une relation client d’exception en dépassant le caractère technique de l’activité afin d’avoir une véritable démarche de vente. Les priorités pour lui sont autant  « d’aller chercher cette photo sur mobile » que de créer des points de vente plus accueillants en profitant du trafic généré par la photographie d’identité « c’est 20 à 25 % du CA global, et  nous misons beaucoup dessus, car l’identité ce n’est pas seulement une photo, c’est un service, un accueil, une prise en charge ». Une passerelle vers une relation client à renforcer. Son challenge de chef d’entreprise est de faire évoluer ses magasins en agissant de façon experte sur les deux fronts : digital et physique. L’impératif : garder la tête froide en matière de gestion, car le CA agrégé de ses magasins reste stable en dépit de l’énergie de ses collaborateurs. Pour ses salariés, il plaide en faveur d’une formation régulière (une fois tous les deux ans) « car c’est une bulle de respiration pour les salariés afin qu’ils/elles puissent avoir du recul sur leur travail. »  Et estime qu’avec les dispositifs du Forco « ça c’est bien passé l’année dernière ».

Serge Deschamps, dirigeant de DNP France, a profité de l’évocation par Arthur Lacroix du marché de l’identité pour mettre en garde les professionnels sur la nécessité de respecter scrupuleusement les règles de prise de vue pour un identification biométrique de qualité. « En cas de mauvaises performances biométriques aux frontières, de grands groupes n’hésiteront pas à faire valoir leur savoir-faire pour récupérer ce marché convoité. » A-t-il argumenté. Dont acte.

Comment se transformer ?

Sur le thème « Saisir les opportunités de marché en 2019 », la deuxième table ronde de l’après-midi réunissait Eléonore Vivas, coach au service des artisans, Christophe Callabat dirigeant de EuroPhoto et Jean-Paul Hubert responsable de la certification au Forco (qu’il faut désormais appeler « Opcommerce »). La question posée était finalement : « Comment on bouge quand on est à la tête d’une entreprise ?! ».

« On bouge en se mettant dans une perspective de mouvement » suggère Eléonore Vivas qui a été 30 années photographe professionnelle. Elle connaît intimement cette vie où chaque jour le photographe indépendant doit suivre sa feuille de route pour réaliser ses objectifs professionnels. « Ce qui est très difficile, c’est que le photographe est têtu par rapport à d’autres métiers estime-t-elle : 80% des personnes consultent les sites Internet sur leur smartphone et pourtant vous constatez que sur plus de la moitié des sites de photographes, vous ne pouvez pas les ouvrir sur un smartphone, c’est un handicap majeur ! ». Elle incite ses clients à plus de transparence. « Ce que veut le client, c’est combien ça va lui coûter ?  Et ça ce n’est pas indiqué la plupart du temps sur le site d’un photographe de mariage ou de portrait. On sait tout, sauf le prix ! » s’énerve-t-elle. Elle  invite ses clients à changer de méthodes, avec bienveillance et détermination ! « Il faut les tenir informés de ce qui va se passer. Tout bouge tout le temps, et si on reste derrière nos comptoirs à attendre le client, il ne se passera pas grand-chose. Si le site Internet ne donne pas accès rapidement à ce que le client souhaite savoir, il ira ailleurs. Vers les plateformes si décriées » constate-t-elle !

Elle poursuit : « Dans notre monde professionnel, il y a  les auteurs et les prestataires de services. Quand on est artisan ou commerçant, il est possible de faire des concours, des expositions, des livres photo, mais avant tout il faut répondre à un client ! Et les photographes sont encore nombreux à ne pas accepter cette réalité de leur métier » regrette-t-elle. « Je fais de la formation sur la confiance en soi et le développement du leadership, car si l’on souhaite attaquer au marché haut de gamme, il faut coller au marché. Et pour cela il faut se connaître pour aller vers les autres, s’ouvrir aux autres dans la vie réelle, mais également via le digital ».  Après un an et demi, de ce régime survitaminé, elle travaille avec des artisans dont le CA a progressé de 30 % et la marge bénéficiaire de 70%

Pour Christophe Callabat, qui se définit plus comme chef d’entreprise que comme photographe, « pour être bien sûr son marché, il faut d’abord savoir anticiper. Si on s’y adapte seulement, on est déjà en retard ! ». Il poursuit : «  La bonne formation, c’est une formation qui permet de se préparer à ce qui adviendra dans cinq ans. Mais malheureusement le calendrier législatif de la réforme montre un décalage avec notre besoin d’être en avance. » Regrette-t-il en ajoutant « Je n’ai pas six mois à attendre face à l’évolution des marchés et aux opportunités que je dois saisir. » Il se refuse à avoir un discours politique, mais estime que le manque de stabilité des lois pourrait conduire à de mauvaises décisions aujourd’hui. L’apprentissage sera-t-il aussi avantageux après les décisions qui pourraient suivre la restitution du grand débat ? » s’est-il inquiété. Il propose par ailleurs d’ouvrir plus largement l’accès aux formations non photographiques. 

Se transformer par la formation

Après trois années de présence aux Assises de la photographie, Jean-Paul Hubert croit vraiment que le secteur a tous les éléments en main pour se transformer. Il faut toutefois insiste-t-il « que les entreprises passent à l’action sur les points clés : le développement commercial, la transformation digitale et la relation client… il y a donc beaucoup d’opportunités à saisir ». C’est pourquoi il a souhaité réinsister sur la création du diplôme de Gestionnaire d’Unité commerciale spécialisée photo (GUCS Photo) que la profession a créé en 2018 en s’appuyant sur les contributions de chefs d’entreprise.

 

Cette formation est désormais en place et débutera le 23 septembre 2019. Elle se développe selon trois objectifs : attirer et fidéliser les clients, augmenter son chiffre d’affaires et enfin pérenniser son entreprise. Le GUCS Photo est structuré autour de quatre blocs de compétences clés (que les formés peuvent sélectionner selon leurs propres besoins) et organisé autour de parcours adaptés (en présentiel et e-learning).

Le diplôme est largement ouvert à tous les détenteurs de Bac +2, mais également aux salariés du secteur moyennant une évaluation personnalisée (positionnement). Développé sur onze mois avec une présence nécessaire sur Paris deux jours par mois (lundi/mardi), un quart de la formation est délivré en e-learning.  Financé par Opcommerce (ex-Forco) ou en mobilisant le CPF, le GUCS Photo est un titre de la CCI France reconnu par l’Etat. Jean-Paul Hubert a également insisté sur le bénéfice pour l’entreprise d’une telle formation en alternance, permettant au salarié de renforcer ses compétences par la pratique. Le nouveau caractère modulaire Du GUCS Photo est un avantage pour les personnes qui souhaitent simplement renforcer les compétences sans suivre le cursus complet

Le diplôme GUCS Photo est également accessible aux chefs d’entreprises artisanales. Pour le  financement dédié à ce public, Philippe Paillat président de la FNP n’a pas caché que les choses allaient évoluer prochainement : « nous sommes dans une période d’adaptation. La branche photo pourra le faire » promet-il…  « Mais cela passera d’abord par un accord de branche. Cela devrait permettre un financement en fin d’année ou en cours d’année prochaine. Pour cette année, c’est encore le FAF-CEA qui s’en occupe » a-t-il indiqué.

Un puissant atout culturel

En annonçant un nouveau partenariat FNP/ Association Planète Albert Khan, Jean-François Forchantre son président fondateur a tenu à rappeler l’importance de la culture photo pour ce secteur. « Nous avons parlé branche depuis le début de la journée, et j’ai envie de vous parler de racines. » A-t-il plaidé afin de remettre l’Art au centre des travaux de la journée. Le fondateur du Prix Planète Albert Khan associera la Fédération nationale de la Photographie à la 10e édition de remise de prix aux côtés de ses partenaires fidèles comme Ushuaïa TV et le Musée de l’Homme. Cette année quatre catégories seront primées : photo, média TV, livre photo et école photo. Il a rappelé l’importance du lien plus que séculaire entre la France et cet art populaire et a encouragé le monde du business et du commerce à se saisir plus fréquemment de cette culture pour alimenter la passion pour la photographie.

Devenez photographes du Tour de France 2019 !

 

Pour la première fois, la FNP s’engage aux côtés de DNP (leader mondial des papiers photo thermiques) pour une opération visant à promouvoir la prise de vue professionnelle dans les villes étapes du Tour de France (du 6 au 28 juillet 2019). Rappelons que Le Tour de France a été suivi l’année dernière par sept millions de fans actifs sur les réseaux sociaux et 58 millions de spectateurs sur le bord des routes. Il représente l’événement mondial le plus puissant (après les Jeux Olympiques) pour aller à la rencontre de la population : quelques 10 000 tirages imprimés auront ainsi été délivrés l’année dernière dans les 21 villes étapes du Tour (représentant de 400 à 600 portraits réalisés par jour !).

Plus largement il s’agit pour Serge Deschamps de mettre la lumière sur le marché de la photographie événementielle dont le potentiel est immense estime-t-il, alors que le poids des professionnels de la photographie reste faible sur cette spécialité (environ 25 % du marché). Le Tour de France pour lequel DNP est historiquement partenaire technique (et fournisseur des animations photo), constitue donc un moyen de conquête et d’ouverture vers ce marché événementiel en mobilisant pour les volontaires un minimum de moyens.

L’opération « Devenez photographe officiel du Tour de France », proposé par DNP s’articule autour d’un photocall co-animé par des professionnels membres de la FNP qui disposeront d’un studio tout équipé, installé par DNP dans chaque village départ. Pour contribuer à cet événement, Serge Deschamps invite les professionnels membres de la FNP et géographiquement proches de l’une des 20 villes départ, à devenir co-partenaire de cette opération en se manifestant rapidement auprès de la FNP par un simple mail envoyé à l’adresse secretariatfnp@orange.fr.

 

Cette opération est identifiée comme Acte 1 d’une opération DNP de déploiement sur le marché de l’événementiel qui se poursuivra en plusieurs étapes. Il a annoncé la mise en place par DNP Event d’un accompagnement des magasins de photographie qui souhaiteraient se développer sur ce segment de marché. Pour Serge Deschamps, qui n’ignore rien de la culture des photographes de proximité (il a longtemps animé le réseaux Konica Photo Express), la photographie événementielle est une nouvelle opportunité à saisir « Hier c’était le minilab, aujourd’hui c’est l’événementiel » a–t-il résumé.

 

Miser sur le local et l’humain

En guise de conclusion, Philippe Paillat s’est félicité des dernières avancées en matière de justice fiscale obligeant les plateformes e-commerce à collecter et verser la TVA dans le pays du consommateur. « La fin de cette concurrence déloyale est a mettre à l’actif du Conseil Nationale du Commerce de France et aux actions de fédération comme la nôtre » a-t-il rappelé, tout insistant sur les tendances 2019 : « Le défi du service et l’accompagnement de consommateurs de plus en plus âgés est à relever dès aujourd’hui avec des collaborateurs zélés, accueillants et souriants » a-t-il poursuivit en considérant que la chance de notre secteur est de voir un retour massif au local. Dans ce contexte il encourage les professionnels à affirmer leurs valeurs en sortant de derrière leur comptoir pour nouer des liens avec les mairies et les entrepreneurs locaux. « Il faut, dit-il, rappeler les conditions d’exercice de notre activité, évangéliser pour que les bonnes décisions soient prises par les élus  en faveur d’un commerce vivant ».  Il conseille : « Indiquez que vous fabriquez sur place lorsque c’est le cas. Que vous respectez les règles environnementales avec vos machines d’impression» et considérez que « Les photo scolaire, c’est du local »,  « L’événementiel c’est du local »,  « L’identité c’est du local ».  L’humain sera au cœur du commerce de demain a t-il conclu en invitant les professionnels à soutenir la FNP par leur adhésion (40 euros seulement/an). 

 

Jacques Hémon