element comptable

LES 2EME ASSISES DE LA PHOTOGRAPHIE BILAN

Retour sur les 2èmes Assises de la photographie
Pour sa seconde édition, les Assises de la Photographie ont réuni lundi 19 mars 2018, 140 participants à Paris à l’Etoile Business Center. Organisées sous l’égide de la CPNE FP* de la branche de la photographie avec le soutien de la Fédération Nationale de la Photographie, du Forco (OPCA du Commerce et de la distribution) et de l’AG2R La Mondiale, ces Assises visent à rassembler autour d’enjeux-métiers, les artisans, commerçant, chefs d’entreprises, micro-entrepreneurs et les salariés de la branche de la photographie. Le thème retenu cette année, « La réussite » était inspiré par Hervé Gougeon, PdG du groupe Edifia, dont la conférence « Les chemins de la réussite » a été le point d’orgue de cette journée. Avec un talent d’acteur et d’humoriste rares, Hervé Gougeon s’est appliqué durant une heure et demi à mettre en évidence les biais qui nous disculpent de prendre la mesure de nos propres faiblesses afin de mieux faire porter la responsabilité de nos échecs sur les autres, la conjoncture, les consommateurs, les fournisseurs… bref, une catharsis collective, pour repasser en mode pensée positive.
(*)CPNE-FP : Commission Paritaire Nationale pour l’Emploi et la Formation Professionnelle.
Poids social de la branche photo
L’occasion de faire le point sur l’évolution du nombre d’acteurs de la branche à travers le panorama annuel de branche édité par le Forco via son Observatoire prospectif du Commerce. Deux phénomènes notables d’après cette étude : stabilité du nombre des entreprises de photographie (1 712 entreprises ayant des salariés et 6000 artisans en 2016) qui laisse penser que nous sommes à un point de renversement et forte augmentation du nombre de micro-entrepreneurs (19 000 soit +12% en 2017) sans qu’il soit à ce stade possible de savoir quel est le poids économique de ces photographes indépendants. Ces mouvements se soldent finalement par une augmentation globale du poids social de la branche qui pèse désormais 34 000 acteurs (+3%) ! A noter que ce bilan n’intègre pas les photographes auteurs. Ces derniers ne sont pas rattachés au Ministère du travail (comme c’est le cas de la branche photo dont dépendent les TPE, PME et micro-entrepreneurs), mais sont sous tutelle du Ministère de la Culture et de la Communication. Leur nombre pourrait représenter 15 000 personnes.
Rôle du paritarisme
Le rôle du paritarisme a été rappelé à un moment où un vent de réformes souffle sur les branches professionnelles visant à en réduire le nombre. Souvent inconnue des salariés et parfois même des chefs d’entreprises, la CPNE-FP de la branche photo a pu rappeler son rôle clé dans l’organisation des métiers de la photographie, par la voix d’Alain Clair représentant UNSA du collège salarial. Convention collective, accord salariaux, fixation de points d’indices, priorités de la formation et autres complexités juridiques et administratives sont en effet négociés au sein de cette commission dans la plus totale méconnaissance des acteurs du secteur entre les représentant des centrales syndicales et les représentants patronaux membres de la FNP (seul organisme aujourd’hui représentatif du secteur auprès du Ministère du travail et celui de l’Intérieur). Une utile occasion de rendre un hommage appuyé à ces acteurs de l’ombre qui œuvre plusieurs jours par mois à l’intérêt commun.
Focus sur l’industrie
La photographie c’est aussi l’industrie. Peu de fabricants photo en France mais de puissants prestataires de services photo comme Photobox ou Photoweb. Le témoignage de Laurent Boidi, directeur délégué de Photoweb aura montré combien le façonnage en ligne parvient à industrialiser les services de personnalisation au prix d’une complexité méconnue. Les moyens numériques déployés permettent, estime-t-il de « faire tomber les frontières », en autorisant par exemple, l’impression de faire-part en plusieurs versions afin que le client ou la cliente puisse choisir sur pièce celui qu’il achètera finalement. Les compétences des personnels qui impriment ces produits s’étendent désormais à la maintenance de certaines presses numériques contribuant au renforcement de leur qualification professionnelle. De nouveaux métiers viennent renforcer les équipes depuis plusieurs années afin d’exploiter les data laissées par les usagers au cours de leur connexion au site, afin d’améliorer l’offre produit et l’expérience d’achat (toutes ces données sont anonymisées dans le respect des nouvelles règles GRPD). Quatre tendance à noter : la stabilité du tirage argentique grâce au format carré, la montée du marché des tirages issus des smartphones (grâce au laboratoire Lalalab racheté par Photoweb), la croissance des livres photo (+5%) et la bonne tenue des objets personnalisés.
Simplification de la formation professionnelle
Avec le projet de loi gouvernementale « Pour la liberté de choisir son projet professionnel », l’ensemble des filières de formation professionnelles se préparent à une transformation profonde. L’occasion pour Emilie Rousseau et Céline Palisse du Forco de rappeler en douze points la portée de cette réforme encore en négociation. Plus de simplicité, de clarté et plus d’autonomie du salarié sont avancés par les promoteurs de la loi avec la possibilité de choisir en un clic sa formation via une future appli sur smartphone. Le circuit de l’argent de la formation professionnelle ne transitera plus par les OPCA. Il sera recueilli par les URSAFF et conservé par la Caisse des dépôts qui assurera directement le paiement des organismes de formation (dans l’état actuel de la proposition de loi). Privé de leur rôle financier, les OPCA se repositionneront sur le conseil et la prospective pour apporter aux branches le soutien nécessaire à une plus grande efficience professionnelle.
Le professionnalisme en question
Interrogé comme grand témoin sur la question des statuts des photographes, Nicolas Huynh-Van, cofondateur de l’annuaire Bepub, a préféré développer une autre argumentation. Si les statuts sont forcément inadaptés estime-t-il — compte tenu de l’hybridation des prestations offertes par les photographes — cela ne doit pas oblitérer ceux-ci de leurs responsabilités, être de vrais·es professionnels·lles ! Etre professionnel·le ce n’est pas pratiquer une occupation de complément, « c’est savoir proposer une offre structurée, être à l’écoute des besoins et surtout savoir construire un prix » a su rappeler cet ancien photographe qui désormais recense toutes les entreprises créatives de France. Non sans agacement face à un dilettantisme ambiant qui confine au manque d’engagement et de confiance en soi. Il regrette qu’un large partie des photographes ne s’inscrivent pas dans une logique de marché, mais dans une démarche professionnelle fantasmée qui les conduit à l’échec. Comme un préambule aux propos tenus par Hervé Gougeon au cours de sa conférence…
Bilan protection sociale gratuit
Suite à un accord avec l’AG2R La Mondiale les membres de la Fédération Nationale de la Photographie peuvent prétendre désormais à un bilan de protection sociale offert sur simple demande. Un moyen pour les artisans, commerçants, chefs d’entreprise du secteur de savoir le montant de leur retraite, comment ils sont réellement protégés en cas d’accident (ou de décès) et s’il peuvent sécuriser les études de leurs enfants… Partenaire des 2èmes Assises de la photographie, l’AG2R La Mondiale confirme son soutien aux professionnels de la branche photo à travers plusieurs accords collectifs (complémentaire santé, protection sociale notamment…).
Une nouvelle certification professionnelle
L’étude sectorielle produite par le cabinet Ambroise Bouteille fin 2016 (et restituée aux dernières assises), faisait le constat de fragilités des acteurs du secteur face à l’évolution rapide des technologies et des habitudes de consommation. Comment répondre aux nouveaux besoins des consommateurs ainsi qu’à ceux des dirigeants des magasins de photographie ? La CPNE-FP de branche répond à ce défi par la mise en place d’une formation qualifiante dédiée à la vente et à l’animation des points de vente. La certification de «gestionnaire d’unité commerciale spécialisée» sera lancée dès le mois de novembre 2018 et aura pour objectif de répondre aux besoins de formation d’experts de la relation client. Celle-ci vise au développement des compétences relationnelles des collaborateurs, tant en magasin physique que sur les réseaux sociaux. Cette formation en cours de développement par les Gobelins et Sup de Ventes Paris, permettra aux chefs d’entreprise du secteur de former des salariés aptes à la reprise d’entreprise, ou encore de renforcer les compétences relationnelles de leurs vendeuses et vendeurs. Elle sera accessible aux primo-accedants, aux chomeurs , artisans et commerçants. Ce projet, dévoilé lors de ces 2ème Assises, est développé avec le soutien du Forco et de la CCI France.
Digitalisation des points de vente
L’étude prospective du cabinet Kyu Lab sur « Les impacts du digital sur les entreprises, les métiers et les compétences de huit branches du commerce » aura permis d’avoir un panorama des usages du digital dans les magasins en France. L’étude détaille l’influence de la digitalisation sur six niveaux opérationnels : la gestion interne, la logistique, le e-commerce, l’expérience client, la communication/marketing et le sourcing/choix des produits. Sébastien Prudent, responsable de cette étude a pu démontrer par l’exemple que les stratégies de digitalisation (site e-commerce, activation de communauté via Facebook, ou encore commande à travers une application, entre-autres actions permises via le digital) permet aux entreprises de photographie de se développer avec une plus grande rapidité que les entreprises qui restent à la traîne sur ce terrain. Plus de 60 % des entreprises de commerce ont déjà franchi le pas de la digitalisation, parfois sans investissement lourd. Cela va de la réservation en ligne avec retrait en magasin (50% des magasins), au paiement rapide sans contact (40%) à la mise en place d’une carte de fidélité digitale (38%) ou encore à la diffusion de terminaux aux collaborateurs (31 %). Les témoignages conjoints de Laurent Boidi (directeur délégué de Photoweb) et d’Arthur Lacroix (dirigeant de Lisphoto) ont permis de dédramatiser la mise en œuvre de telles solutions digitales, le cas échéant en faisant appel à des logiciels gratuits. Le leitmotiv des deux dirigeants : la digitalisation est un processus itératif, nécessitant de procéder par essai-erreur, d’où la nécessité d’agir d’abord puis d’être attentif aux réactions des consommateurs et… des collaborateurs.
Nouvelles règles de la réussite
Avec Véronique Varlin, directrice de l’Obscoco, l’assistance des 2èmes Assises de la Photographie s’est trouvée plongée dans l’analyse des nouvelles attitudes de consommation, et notamment celles qui concernent les amateurs passionnés. Le cabinet d’étude s’appuie sur son expertise en sociologie pour alimenter les plus grandes institutions face aux mutations de la consommation. On retiendra que nous sommes en train de passer d’une consommation de masse à une consommation individualisée. Et que le commerce d’aujourd’hui est d’ores et déjà soumis à une double demande servicielle et expérientielle. Hors de ces deux options point de salut ! Les magasins doivent s’ouvrir à de nouveaux services tout en devenant tout à la fois des lieux de production, d’apprentissage, de vie communautaire et de co-production. Le digital favorise cette mutation en facilitant l’organisation d’événements, de prise de rendez-vous ou encore de services personnalisés. Il ne s’agit plus pour nos contemporains de consommer mais plutôt de se comporter en producteur et en créateur. On glisse selon Véronique Varlin « de l’avoir vers l’être, en passant par le faire ». La puissance de la photographie et sa culture actuelle est une chance considérable pour notre secteur puisqu’elle est pratiquée quotidiennement par un Français sur deux ! Les occasions de pratiques se multiplient jusqu’à l’organisation de shooting photo préparés à l’avance par une grande majorité de passionnés. Par ailleurs, un tiers des 25-34 ans passionnés ont déjà participés à des concours ou des compétitions relatifs à la photographie ! La création de communauté autour de « hubs » dédiés à la photographie représente une piste pour le secteur estime la directrice de l’ObsoCo.
Réimplanter des magasins en centre ville
Avec le programme « 100 photographes pour 100 villes de France », Jacques Hémon (mandaté par la FNP) a dévoilé les contours d’un nouveau concept d’espace commercial dédié à la photographie et aux services numériques. Celui-ci a été créé pour répondre au besoin de réimplantation de magasins de photographie dans les villes moyennes. Imaginé comme un « hub » ce projet qui entre en résonnance avec les propos de Véronique Varlin sera géré de façon collaborative et inclusive (avec intégration de partenaires multiples autour d’un espace commercial animé). Ce projet se détache de la représentation de l’atelier de photographie traditionnel. Il pourrait trouver l’appui du programme gouvernemental de revitalisation des villes moyennes « Action cœur de ville ». Un appel à candidature est prévu pour la fin 2018.
S’adapter aux nouveaux besoins
Quatre invités ont été appelés à s’exprimer sur les postures de réussite qu’il convient d’adopter dans le retail. Francis Dupas, PdG SCAN (Camara, Images, Pictis) — qui pèse 50 millions d’euros d’achat d’équipement photo — aura pu rappeler à cette occasion une de ses maximes favorites : « Un entrepreneur doit avoir assez de sérénité pour accepter ce qu’il ne peut changer, avoir assez de courage pour changer ce qu’il peut (doit) l’être, et surtout avoir assez de sagesse et de lucidité pour discerner l’un de l’autre ». Une invitation à éviter de regarder en arrière et à agir. Il fait le constat « On sait tous ce qu’il faudrait faire. Mais finalement dans nos entreprises, il y a assez peu de choses qui changent. Le message est clair, on arrête de se faire plaisir et il faut y aller ! ». Et de rappeler « qu’aucun consommateur n’a besoin des magasins pour se faire livrer un appareil photo depuis l’existence du e-commerce. Il faut donc être vraiment utile ! » Après avoir fait le pari de donner la priorité sur la clientèle d’acheteurs d’appareil dans ses magasins Camara Expérience (en éliminant les services photo traditionnels), Francis Dupas confirme que ça fonctionne ! « Notre plus, l’éducation ! En organisant des séances de coaching dans nos magasins. Par groupe de dix clients, nous vulgarisons les notions de base ce qui nous évite de prolonger la vente. Il faut savoir compter ! Tout ce que vous faites dans un magasin c’est au minimum 1 euro/minute. En réunissant les consommateurs pour leur expliquer la technique, nous réduisons nos coûts et abandonnons la relation vendeur-acheteur. Et c’est un plaisir total. En prolongeant par une ballade en ville pour photographier, les gens adorent ! On propose même de prêter le matériel avant l’achat ».
Emulation professionnelle
Pour Eveline Ramirot, photographe à Isle-sur-Sorgue, la priorité serait de promouvoir des actions collectives pour stimuler l’activité des professionnels. Joignant le geste à la parole, elle invite les photographes portraitistes à adopter une opération grand public «Génération 2000» visant à faire venir dans leur studio les jeunes adultes nés en l’an 2000. Elle associe à cette action de promotion des ventes, un concours national, régional et départemental de « Meilleur portraitiste de l’année » afin de créer une émulation entre professionnels. Elle a créé le label « La Maison du portrait » pour permettre aux participants de ce challenge de se distinguer (détail de l’opération dans quelques jours sur le site www.lamaisonduportrait.photo).
Indispensables communautés
Maximilien Steinberg de Nation Photo (Paris) incarne la nouvelle génération de chefs d’entreprise de la photographie. Charismatique, il se place au plus près des besoins des consommateurs avec lesquels il se sent en totale affinité. Engagé dans le secteur du service photo depuis 2003, il pilote désormais deux magasins parisiens brandés « Kodak Express », dédiés à l’argentique, dans lesquels il emploie 16 salariés. Son métier est autant celui d’un manager que celui d’un animateur de communauté : concours, rencontres, workshops… Ceux-ci réunissent de plus en plus de passionnés à Paris, avec parfois des surprises qui dépassent les espérances : 900 personnes pour « La journée de l’argentique » à la Bellevilloise ! La progression de son chiffre d’affaires lui donne raison : + 40 % sur le premier trimestre 2018 ! En partageant sa passion pour l’argentique, il crée des moments forts et facilitent la vie de ses clients qui en redemandent ! « J’ai toujours pris le parti d’aller de l’avant en tant que chef d’entreprise » confirme-t-il, avant de poursuivre : «Moi travailler tout seul ca m’ennuie. Je veux être nourri de la présence des autres et de leur énergie. J’ai préféré me dire qu’à plusieurs je pourrais faire plus de chose que seul ».
Passion également, mais avec un parcours inhabituel, pour Maxime Gobet, jeune chef d’entreprise de 27 ans qui, son diplôme d’ingénieur en génie civil en poche, opte pour la création en août 2016 d’un magasin dédié à l’argentique dans le centre ville de Clermont-Ferrand. La posture du succès, c’est la passion, mais ici avec une formation supérieure de nature à rassurer les partenaires comme les banques et les fournisseurs.
Il a imaginé un lieu culturel orienté uniquement sur la photo argentique. « J’ai eu la chance de trouver un local en centre ville qui permet à une communauté de s’enraciner. J’organise des rencontres en soirée et des vernissages ». Lors de la journée de l’instantanée, il va organiser un safari avec Polaroid Originals qui permettra d’animer sa communauté, sans oublier l’usage quotidien de Facebook et Instagram pour favoriser les interactions. Pour ces deux chefs d’entreprise, le succès passe par la communauté nourrie de passion et de rencontres autour de la photographie.
Optimiste et confiance
Pour le président de la Fédération Nationale de la photographie, un vent d’optimisme souffle à nouveau sur le secteur photo. Ses deux mots clés : optimisme et confiance. De nombreux projets sont en cours (certification de Gestionnaire d’unité commerciale spécialisées, programme de réimplantation ou rapprochement de branche…) permettant d’avoir une vision claire de l’avenir : « L’avenir est tracé autour d’une approche servicielle et expérientielle en magasin, a rappelé Philippe Paillat, et nous nous battrons sur les disparités de TVA qui pénalisent les magasins de revente matériel ». Celui-ci se félicite que le secteur photo soit pris en exemple par le Conseil du Commerce de France (CDCF) pour la lutte contre les ventes en ligne sans TVA opérés par certaines plates formes. « Si l’OCDE préconise que la TVA doit être celle du pays de livraison, cette mesure ne sera effective qu’en 2021 » regrette-t-il. Son intervention se terminera par l’annonce officielle de l’ouverture de la dématérialisation de la photographie d’identité à la carte Nationale d’Identité et au Passeport en 2018. Cette nouvelle, accueillie par des applaudissements, est un véritable bol d’oxygène pour les magasins de photographie. Autorisées par le Ministère de l’Intérieur, cette extension de service portera le marché de l’identité dématérialisée de 2 à 14 millions de planches par an. Une manne qui attire la convoitise de plusieurs nouveaux acteurs du secteur !
Jacques Hémon